Pendant des années, les propriétaires ont été encouragés à installer des panneaux photovoltaïques. L’idée était plutôt simple : produire localement une énergie renouvelable, consommer une partie de cette production et injecter le surplus sur le réseau. À partir du 1er janvier 2027, cette logique va toutefois évoluer. En l’absence d’un autre accord avec le gestionnaire de réseau, la valeur de l’électricité injectée dépendra directement du prix du marché au moment de l’injection. Et dans certaines situations de forte production, ce prix pourra devenir négatif.
Autrement dit, un propriétaire pourrait ponctuellement devoir payer pour injecter sur le réseau l’électricité produite par ses propres panneaux solaires. Dit comme cela, la situation paraît presque absurde. Elle repose pourtant sur un problème technique bien réel : lorsque des milliers d’installations photovoltaïques produisent simultanément leur maximum, notamment autour de midi durant les journées très ensoleillées, le réseau peut recevoir beaucoup plus d’électricité que ce qui est consommé à cet instant. Lorsque l’offre devient largement supérieure à la demande, la valeur de l’électricité chute, jusqu’à parfois devenir négative.

Un problème réel, mais qui soulève une question
Il ne s’agit donc pas de nier les contraintes auxquelles le réseau électrique doit faire face. Le développement massif du photovoltaïque modifie profondément la manière dont l’électricité est produite en Suisse, et il devient nécessaire de mieux équilibrer la production et la consommation au cours de la journée. Mais comprendre la logique technique du système n’empêche pas de questionner la manière dont ses conséquences sont réparties.
Un propriétaire qui installe du photovoltaïque finance lui-même une partie importante de son installation, met sa toiture à disposition, entretient son équipement et produit une énergie renouvelable qui a été largement encouragée ces dernières années. Demain, ce même propriétaire pourrait pourtant voir la valeur de sa production chuter précisément lorsque son installation fonctionne à plein régime. La question mérite donc d’être posée : jusqu’où peut-on transférer au petit producteur la responsabilité des limites du réseau ?
Cette interrogation est d’autant plus légitime que le particulier n’a évidemment aucune influence sur la production des milliers d’autres installations connectées au même moment. Il ne décide ni du niveau de congestion du réseau, ni du prix du marché, ni de la quantité d’électricité produite à l’échelle nationale. Pourtant, c’est bien sa rémunération qui sera directement influencée par ces paramètres.
Produire ne suffira plus, il faudra surtout consommer au bon moment
La logique derrière le nouveau système est claire : pousser davantage les producteurs à consommer eux-mêmes l’électricité qu’ils produisent. Si l’électricité solaire ne vaut presque rien à midi, mieux vaut alors l’utiliser directement dans le bâtiment plutôt que de l’envoyer sur le réseau.
Sur le principe, cela fait du sens. Une pompe à chaleur peut fonctionner davantage pendant les heures de production solaire, un chauffe-eau peut stocker une partie de cette énergie sous forme de chaleur, un véhicule électrique peut être rechargé en journée et certaines consommations peuvent être décalées. Tout ce qui permet d’utiliser localement l’électricité produite réduit mécaniquement la quantité injectée sur le réseau.
Le problème est que cette capacité d’autoconsommation varie énormément d’un bâtiment à l’autre. Une personne absente toute la journée n’a pas forcément la possibilité de consommer naturellement son électricité au moment où ses panneaux produisent le plus. Une maison équipée d’une pompe à chaleur ou d’une voiture électrique pourra absorber une partie importante de cette production, alors qu’un autre bâtiment disposera de beaucoup moins de leviers.
C’est là qu’apparaît presque automatiquement une autre solution : la batterie.

La batterie comme réponse automatique ? Pas forcément
Stocker l’électricité produite à midi pour l’utiliser le soir est techniquement très pertinent. Cela permet d’augmenter l’autoconsommation et de limiter les injections lorsque les prix du marché sont faibles. Mais une batterie représente également plusieurs milliers de francs d’investissement supplémentaires pour le propriétaire, qui a déjà financé son installation photovoltaïque.
Il faut donc éviter de remplacer une simplification par une autre. Pendant longtemps, on a parfois considéré que la bonne solution consistait simplement à installer le maximum de panneaux possible sur une toiture. Il serait tout aussi réducteur de considérer aujourd’hui que l’arrivée des prix dynamiques rend automatiquement l’installation d’une batterie nécessaire.
Sa pertinence dépend de nombreux paramètres : la puissance photovoltaïque installée, le profil de consommation du ménage, les équipements techniques du bâtiment, la quantité d’électricité réellement injectée, les tarifs pratiqués par le gestionnaire de réseau et bien sûr le coût du stockage. Dans certaines situations, une batterie pourra être parfaitement cohérente. Dans d’autres, un pilotage intelligent du chauffe-eau, de la pompe à chaleur ou de la recharge d’un véhicule électrique pourra déjà améliorer fortement l’autoconsommation sans ajouter un équipement supplémentaire.
Le photovoltaïque ne peut plus être pensé seul
C’est probablement là que cette évolution devient particulièrement intéressante pour le bâtiment. Elle montre les limites d’une approche où chaque intervention énergétique est étudiée séparément.
L’isolation influence les besoins de chauffage. La pompe à chaleur influence la consommation électrique. Le photovoltaïque produit une partie de cette électricité. Le chauffe-eau peut absorber une production excédentaire sous forme de chaleur. Un véhicule électrique peut également devenir un consommateur important pendant les heures ensoleillées. Une batterie permet de déplacer une partie de cette consommation dans le temps. Tous ces éléments interagissent.
Dans le cadre des rénovations énergétiques que nous étudions chez Tétr4, cette vision globale devient donc de plus en plus importante. La question ne devrait plus être uniquement de savoir combien de panneaux peuvent être installés sur une toiture, mais de comprendre comment le bâtiment va réellement utiliser cette production.
Une installation légèrement plus petite mais dont une grande partie de l’énergie est consommée sur place peut parfois avoir davantage de sens qu’une très grande installation qui injecte l’essentiel de sa production au moment où l’électricité vaut le moins. La réflexion énergétique d’un bâtiment devient donc progressivement une question d’équilibre entre production, consommation, stockage et performance de l’enveloppe.
Des règles qui devront rester lisibles pour les propriétaires
Il faut également préciser que tous les producteurs ne seront pas forcément soumis au même système. La tarification dynamique correspond au régime prévu lorsqu’aucun autre accord n’existe avec le gestionnaire de réseau. Celui-ci peut continuer à proposer un autre modèle de rémunération, par exemple un tarif fixe.
En Valais, les modalités exactes appliquées en 2027 ne sont d’ailleurs pas encore toutes connues. Selon les informations publiées par Le Nouvelliste, OIKEN analysait encore la solution qui sera retenue. L’impact concret pour un propriétaire devra donc être étudié en fonction de son gestionnaire de réseau et des conditions qui seront effectivement proposées.
Cette incertitude soulève néanmoins une question plus large. Les installations photovoltaïques sont des investissements réalisés sur plusieurs décennies. Lorsqu’un particulier engage plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de francs dans un système largement encouragé par les politiques énergétiques, il est important que les règles économiques restent suffisamment compréhensibles et prévisibles dans le temps.
Le photovoltaïque reste une technologie extrêmement intéressante et cette évolution ne remet pas en cause son utilité. Elle montre simplement que le système devient plus complexe. Produire beaucoup d’électricité solaire ne suffira plus nécessairement à garantir la pertinence économique d’une installation.
Le véritable enjeu sera de plus en plus de savoir quand cette énergie est produite, quand elle est consommée et comment le bâtiment peut l’utiliser intelligemment.
Le problème de demain ne sera peut-être donc plus uniquement de produire suffisamment d’énergie solaire.
Ce sera de savoir quoi en faire au moment où elle est produite.
Sources : Le Nouvelliste, Association des entreprises électriques suisses (AES), Office fédéral de l’énergie (OFEN). https://www.lenouvelliste.ch/suisse/panneaux-solaires-des-2027-injecter-son-courant-dans-le-reseau-pourra-parfois-couter-de-largent-1511527